Les yeux miroirs - 4 -

Publié le par polly





Les jours passèrent et ces promenades au grand air commençaient à ramener de jolies couleurs sur les joues de la future souveraine.

Le reste du temps elle le passait dans ses appartements à jouer de la harpe et assistait, comme auparavant aux audiences.

 

Sa cécité amplifiait son apparente distance avec l'entourage, mais il semblait néanmoins à ses parents qu'elle écoutait enfin ce qui se disait.

 

Quelques mois plus tard, un violent orage s'abattit sur le royaume.

Les paysans vinrent expliquer à leurs souverains les champs dévastés par la rivière en crue, les chaumes envolés, les enclos emportés, les mois de durs labeurs réduits à néant.

 

Pour la première fois de sa vie, au grand étonnement de tous, le princesse prit la parole pour questionner sur les dégâts à déplorer chez chacun des intervenants, de l'endroit de leurs terres, des bêtes perdues, de ce qu'il leur faudrait reconstruire et elle implora son père de leur donner les moyens matériels pour ce faire.

 

Le roi qui, de toute façon, aurait accordé son soutien à ces pauvres gens remercia le ciel de cette première marque de compassion de son enfant, et distribua avec bonheur les petites bourses de pièces d'or aux malheureux.

 

Le soleil revint inonder la campagne, la rivière regagna son lit et l'on s'affaira à la reconstruction des lendemains heureux.

 

Il fallut plusieurs jours avant que la jeune princesse ne puisse recommencer ses promenades, bien consciente que ses jeunes serviteurs avaient fort à faire chez eux.

C'est avec une joie non dissimulée qu'elle les accueillit enfin.

 

Avec sa poésie habituelle Clément décrivit la terre traumatisée, les arbustes arrachés, la boue séchée qui recouvrait désormais le beau tapis vert des près où paissait quelques jours auparavant le bétail emporté par les eaux en furie. Et c'est avec beaucoup d'émotion qu'il s'aperçut que sa jolie maîtresse… pleurait.

 

-          "Majesté, je… je ne voulais pas… pardonnez-moi…

-          Ne t'excuse pas… Grâce à toi, mon esprit voit enfin toutes ces images, belles ou laides qui composent la vie et que je n'aurais jamais pu découvrir sans toi. Merci d'être mes yeux Clément !  Néanmoins il me semble que j'ai eu assez d'émotions pour aujourd'hui. J'aimerais rentrer…"

 

La dame de compagnie soudain contrariée par la pâleur de la princesse, demanda au cocher de s'en retourner au palais.

 

-          "Qu'y a-t-il ma fille, s'enquit la reine inquiète, on m'a rapporté que tu es souffrante ?

-          Non mère, rassurez-vous, juste un peu de fatigue…

-          Veux-tu que j'envoie chercher un médecin ?

-          Non, je vais bien… Très bien même… Ecoutez, je n'osais en parler de peur de nous donner de faux espoirs, mais il me semble depuis quelques jours, distinguer quelques lueurs…

-          Dieu du ciel ! Serait-ce possible que tu recouvres la vue ? Comment cela s'est-il produit ?

-          Un voile clair de temps en temps… Un léger flash… Mais aujourd'hui c'était différent, plus net. Clément me racontait comme à l'accoutumée le paysage où nous étions et il me sembla que le soleil se reflétait dans les larmes sur les bords de mes cils…"

 

La reine serra son enfant contre elle, pleine de joie et d'espoir.

 

La Centenaire aurait-elle dit vrai ?

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Publié dans Les contes de Polly

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