Les yeux miroirs - 2 -

Publié le par polly




Le petit matin suivant, un cri strident retentit dans tout le palais.

-          "Au secours Mère, que m'arrive-t-il ? Le miroir ne me renvoie plus mon image !

-          Calme-toi mon enfant, fit la Reine accourue aussitôt, le cœur en miettes

-          Que m'arrive-t-il ? De quel mal suis-je frappée ?

-          Ma pauvre chérie, à trop se regarder, on finit par perdre la vue…

-          Perdre la vue ? Que voulez-vous dire ?

-          Que nos yeux sont faits pour regarder autre chose que notre propre image. Il y a tant de merveilles à découvrir autour de nous !

-          De merveilles… Mais, n'en suis-je pas une ?

-          Certes mon enfant, nulle beauté n'est à mes yeux plus rayonnante que la tienne… mais on ne peut occulter le monde extérieur. Il faut savoir tourner son regard vers les choses et les gens qui nous entourent. Ton père et moi t'avions mise en garde…

-          Mise en garde ! Mais vous n'avez que vos pauvres à la bouche, vous ne me montrez que des choses tristes et laides…

-          Mais la vie est ainsi faite ma chérie, et c'est à nous, qui avons la chance d'avoir plus que le nécessaire, qu'il incombe d'adoucir la vie de ceux qui n'ont rien et qui ont besoin de notre aide. Je crains que si tu ne changes pas rapidement ton comportement, la vie ne te punisse davantage en te retirant tout ce dont elle t'a si généreusement dotée. Sais-tu ma fille, que l'attention que nous portons aux autres, nous est rendue au centuple par l'amour et le dévouement ? Je t'en conjure, médite mes paroles et cesse de te laisser aveugler par l'égoïsme."

 

Restée seule, la jolie Princesse pleura longuement sur son sort.

Elle chercha longtemps et désespérément dans ses appartements, tout ce qui aurait pu lui renvoyer son image, comme l'argenterie, puis l'eau du lac et des fontaines du parc entourant le château et dans les yeux de ses serviteurs et de ses parents….

Peine perdue.

 

Le regard vague, elle assistait toujours aux audiences du peuple comme l'exigeait le Roi, mais sans jamais manifester davantage d'intérêt qu'auparavant.

Plus les jours passaient, plus elle semblait triste et renfermée sur elle-même.

Ses gestes devinrent incertains et ni les couturiers, ni les joailliers ne parvenaient non plus à illuminer le visage de la jeune fille qui dépérissait.

 

Un matin elle refusa de se lever :

-          "Qu'y a-t-il mon enfant ? questionna la Reine inquiète

-          Je… Je n'y vois plus… Mère, que vais-je devenir ?

-          Ma pauvre Chérie… Comme c'est triste, concéda tristement la maman, mais ne t'ai-je point prévenue ?

-          Si je n'y puis plus voir… autant mourir…

-          Comment  peux-tu dire pareille chose ? Veux-tu nous faire mourir de chagrin ton père et moi ? Sais-tu que tu es le souffle de notre vie mon enfant, et que tu sois atteinte de cécité n'y changera rien ?

-          Alors faites quérir quelque savant renommé pour je recouvre la vue !

-          Rien ni personne d'autre que toi ne dispose du remède à ton mal ma chérie. Lorsque tu en prendras conscience, tu seras guérie. Tu surmonteras cette épreuve nécessaire, et sache que tu as tout l'amour de tes parents, de tes serviteurs et du peuple pour t'y aider."

La suite : 

Publié dans Les contes de Polly

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