Les yeux miroirs - 1 -

Publié le par polly





Il était une fois un roi et une reine qui régnaient avec bonté sur un petit pays imaginaire.

Ils s'aimaient passionnément et avaient à cœur que leurs sujets vivent heureux en harmonie et surtout, ne manquent jamais du nécessaire.

Ils organisaient chaque jour des audiences où chacun pouvait exprimer ses doléances, que les Altesses écoutaient avec attention et veillaient –à condition qu'elles soient justes et raisonnables– à ce qu'une solution soit immédiatement trouvée pour les satisfaire.

 

Il va sans dire que le couple royal était adulé et respecté par tous.

Mais peu d'histoire ne se déroule sans nuage…

 

L'ombre à ce tableau idyllique était que la passion de ces têtes couronnées n'amenait pas le petit Prince espéré pour relever la lignée et continuer l'œuvre de ses parents.

Des médecins accoururent des quatre coins du monde pour remédier au problème.

Après mille et une potions et bien des années de patience, un enfant naquit enfin.

Ce fut une fille.

La déception ne fut que de courte durée, et le roi et la reine fondirent d'amour devant ce bébé d'une rare beauté. Ils n'avaient de cesse de s'extasier sur les minuscules ongles nacrés, les petites oreilles magnifiquement dessinées et la jolie peau diaphane du petit ange.

La fillette grandit ainsi idolâtrée par ses parents et le peuple.

 

Mais le fait d'être ainsi bercée de flatteries et de superlatifs eut un effet dévastateur sur le caractère de l'enfant qui se révéla être très prétentieuse et particulièrement égocentrique.

Désespéré de ce constat, le couple royal obligea la princesse à assister aux audiences de leurs sujets afin de la sensibiliser à la détresse humaine.

Mais la fillette, nullement intéressée, passait son temps à se coiffer, s'observer dans le miroir qui ne la quittait jamais et à rêvasser à de jolies robes et bijoux.

 

A l'aube de la quinzième année de sa fille, le roi décida de réunir le Conseil des Grands Sages :

 

-          "Votre Altesse, nous pensons qu'il serait bon de faire intervenir "la Centenaire".

 

Celle qu'ils appelaient ainsi n'était autre qu'une espèce de sorcière qui vivait seule au fond des bois.

On s'adressait généralement à elle lorsque toutes solutions rationnelles n'avaient pas obtenu les effets escomptés.

 

La princesse serait un jour amenée  à gouverner le royaume et il fallait impérativement qu'elle se préoccupât davantage de ses sujets !

A regrets, le couple royal accepta que l'on fit venir la Centenaire.

 

Cette dernière qui, évidemment avait entendu parler du problème, avait apporté avec elle une petite fiole :

-          " Que vos majestés fassent boire cette potion magique à la Princesse !

-          Qu'y a-t-il dans ce breuvage ? s'enquit la reine

-          Que des plantes… Rien que des plantes Votre Altesse…

-          Et quel pouvoir aura cette médecine sur la Princesse ?

-          Elle l'obligera à regarder autour d'elle.

-          De quelle façon ?

-          Elle perdra son reflet.

-          C'est à dire ?

-          Aucun miroir, aucune eau pure, aucune prunelle ne lui renverra son image… Du moins dans un premier temps.

-          Comment cela, dans un premier temps ?

-          Si au bout de six mois, la jeune Princesse ne fait pas davantage preuve de mansuétude pour les sujets du royaume, elle perdra complètement la vue.

-          Mais c'est inconcevable ! s'écria la maman, comment des parents pourraient-ils accepter d'infliger pareille punition à son enfant ?

-          Que Votre Majesté se rassure, dès que tout égocentrisme aura définitivement quitté votre fille, elle recouvrira la vue ainsi que son reflet et vous vous féliciterez d'avoir enfanté pareille beauté de corps et d'âme."

 

 

Après une ultime discussion où les pauvres parents tentèrent en vain de faire prendre conscience à l'adolescente de s'intéresser un peu plus à ses semblables, ils se résignèrent, la mort dans l'âme, à utiliser le remède de la sorcière.

Ils l'incorporèrent secrètement à son repas du soir, comme l'avait préconisé la Centenaire.


La suite :

Publié dans Les contes de Polly

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Amanéda 22/04/2009 10:24

ILs prennent quand même un gros risque, ces parents !
Je ne sais pas si j'aurais osé le faire.
Bisous... je suis patiente, j'attends la suite ....

polly 22/04/2009 21:43



Ah ! Le choix des parents...Cruel dilemme : faire confiance à la Centenaire ou confier le royaume à cette égocentrique au risque de la laisser  tyranniser le peuple ?
Nous ne sommes pas souveraines Amaneda, juste de simples mamans... et fort heureusement ! (sourire).


Personnellement j'ai promis des tas de punition à mes enfants que je n'ai jamais pu appliquer parce que la plus punie des deux... c'était moi ! Idem pour mon mari !
Mes parents nous l'ont assez reproché...
Difficile d'éduquer !
Bisous.
Clo