Le chant de la liberté

Publié le par polly







Il était une fois un très bel oiseau au magnifique chant mélodieux.
C’était magie que de l’entendre.
Il volait où le vent l’entraînait, émerveillé de tout et plein de vie.
Néanmoins il aimait se poser régulièrement dans un jardin superbe et son propriétaire très souvent assis sur le banc de pierre auprès d’une fontaine, ne se lassait pas de l’entendre.

- "Chante bel oiseau, chante pour moi !"

Le volatile avait ce don que de comprendre les humains, et pour satisfaire cet homme à l’ouïe si musicale, il sifflait jusqu’à en perdre haleine.

Le résident avait fort belle demeure et ne manquait de rien. Sa fortune lui permettait d’ailleurs de s’offrir le moindre de ses caprices.

Mais avoir tout, est-ce assez ?

- " Sais-tu bel enchanteur que je donnerai tout ce que je possède pour t’avoir, pour toujours en ma maison ?" rêvait-il à haute voix

L’animal avait déjà maintes fois parcouru le monde et commençait à ressentir quelque fatigue.
Il pensa, en entendant ces mots, qu’il serait peut-être temps de se poser et de s’assurer ce que les hommes appelaient une retraite.
L’hiver viendrait immanquablement avec le froid et le vermisseau rare.
L’idée lui parut intéressante de se rapprocher de cet homme qui pourrait lui offrir chaleur et graines pour les mois à venir.
Aussi sautilla-t-il craintivement, puis allègrement jusqu’à lui, et se rengorgeant, entreprit un chant si doux, si beau, qu’une larme glissa sur la joue de l’auditeur ce qui n’échappa pas au siffleur.
Ce dernier jugea que cette capacité d’émotion prouvait que l’homme avait un bon fond et serait bien incapable d’un mauvais geste.

Mais rien ne pressait, et il s’en retourna dans l’arbre qu’il affectionnait, et l’homme, à regret, rentra chez lui.

Les jours suivants, Albert, c’était son nom, déposa sur la terrasse une coupelle pleine de graines pour l’oiseau, qui le remerciait de ses roucoulades, et se laissait approcher de plus en plus près.

Un matin, Albert posa sur les dalles une cage aux barreaux d’or spacieuse et luxueuse, avec un joli perchoir, un os de seiche, un quartier de pomme, une mangeoire pleine de graines variées et une petite fontaine.

- "Je l’ai achetée pour toi bel animal, et je te promets de la maintenir toujours en cet état et de toujours laisser la petite porte ouverte pour que tu puisses aller et venir à ta guise, si tu me fais l’honneur d’enchanter ma maison".

Le volatile d’abord un peu effrayé garda ses distances, puis curieux, osa s’aventurer à l’intérieur pour y picorer un peu le fruit avant d’en ressortir rapidement et librement. L’homme qui observait la scène avait un visage radieux, mais il laissait faire sans bouger. L’oiseau regagna son arbre et chanta de satisfaction.

Au lever du jour il trouva la fenêtre de la maison ouverte sur la cage.
Après avoir dodeliné prudemment de la tête il décida d’y pénétrer, et trouva le petit déjeuner très à son goût, ce qu’il déclama à sa façon en poussant la note sous l’œil attendri du maître de séant.
Sur ce, il ressortit pour un petit vol matinal, avant de rééditer la chose au midi, puis au soir et ainsi de suite durant plusieurs jours.

Toute crainte disparut bientôt, et sa vie s’organisa ainsi entre la maison, la cage, le jardin et le ciel.

Un jour l’homme reçut une visite et l’oiseau comprit quelques mots de la conversation animée : "apprivoisé… superbe… chant incomparable…"

Reconnaissant et quelque peu touché dans sa fierté, il gonfla son plumage multicolore et entreprit une sonate qui envoûta la demeure et ses occupants.

Albert était aux anges de voir son ami époustouflé.

- "Tu es vraiment merveilleuse petite créature divine dit-il à l’animal après avoir reconduit son ami.

Un attachement certain liait l’homme au volatile et réciproquement et chacun d’y trouver son compte.

L’hiver peu à peu déploya son lourd et froid manteau de neige sur la végétation et de lui-même, l’oiseau préféra rester dans la cage, bien au chaud à l’intérieur de la maison, bénissant chaque rayon de lumière de son chant.

Or l’homme, habitué, s’émerveillait de moins en moins et se montrait de plus en plus souvent bougon, et un matin que l’animal poussait la chansonnette sur sa balançoire, il lui cria de se taire et recouvrit la cage d’une étoffe.
Surprise, la petite bête en perdit la voix et attendit sans comprendre que le jour se levât.

Cela se produisit bien des heures plus tard :

- "Vas-y, chante maintenant, je t’écoute…"

Mais l’oiseau voleta un peu partout dans la cage effrayé sans qu’aucun son ne franchisse son bec.

- "Allez, chante, je suis ton maître, tu dois m’obéir…"

L’animal complètement affolé se jetait contre les barreaux, et cherchait désespérément la petite porte ouverte.
Lorsqu’il la trouva, ses petites pattes étaient écorchées et il se retrouva, dépourvu de nombreuses plumes perdues dans la panique.
Il tentait de voler mais il retombait sans cesse pour claudiquer sur le rebord de la fenêtre de la salle.

- "Reviens ici, tu m’appartiens !"

Le volatile rassembla toutes ses forces, voletant du mieux qu’il put cherchant à travers toute la maison une issue qu’il trouva enfin, par la fenêtre de la salle de bains entrouverte.

Blessé, ébouriffé, le cœur battant à cent à l’heure il trouva refuge dans son cher arbre effeuillé et gelé.

C’est alors qu’il prit seulement conscience que par sa bêtise et son orgueil, il avait failli perdre ce qu’il avait de plus précieux : la liberté.

De sa maison, l’homme put entendre alors le plus joli chant qu’aucun être humain n’avait jamais pu entendre en hiver sous un ciel de neige.

Quelques minutes plus tard, il sortit, et installa sur un arbre tout au fond du jardin un petit nichoir avec une boule de graisse et des petits morceaux de pommes.

L’oiseau crut entendre "pardon", mais sans doute n’était-ce que le vent glacial dans les branches.

 

 

Polly Estaires (06/02/08)

Publié dans Les contes de Polly

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Adélys Peppercorn :0071: 19/05/2010 14:08



Elle est jolie comme tout cette histoire !!!



Polly Estaires 20/11/2010 15:28



Peut-être un peu triste pour des enfants ???


Je viens de recevoir un rayon d'espoir... Je vais reprendre mon crayon !!!


Merci d'avoir pris le temps de venir ici. Claudie Becques



lydie 27/04/2009 20:59

une jolie histoire mais qui me fait triste on reste sur une note triste jai meme pense que c etait une autre personne qui avait pris la cage pas ce gentilmonsieur un autre

polly 29/04/2009 19:01


Eh, eh, eh... Il y a un méchant derrière tous gentils...
Rappelle-toi la fable de La Fontaine Le loup et le Chien : mieux vaut la liberté plutôt que de porter un collier...
Ce conte est ma façon de décrire la même chose.


cassis 20/03/2009 20:06

coucou Claudie, hé bien tu as un don!!!
Peut-être que tu pourrais en faire un livre?
Ces histoires je les aime beaucoup.
Je te souhaite un très bon week-end, bisous, Cathy

polly 21/03/2009 08:41


Alors ça c'est évidemment mon rêve Cathy !
Mais qui contacter ?
Les seuls éditeurs qui répondent sont ceux qui demandent des sommes folles directement ou par des moyens détournés...
Mais je ne désespère pas !
Je te souhaite un excellent week-end.
Bisous.
Clo


Amanéda 18/03/2009 15:07

Bisous et bonne journée

polly 20/03/2009 19:28


Merci Amaneda. Bon week-end à toi.
Clo


cassis 18/03/2009 08:33

Merci de ta gentillesse mais pour l'instant, je ne fais plus beaucoup d'images pour mon blog, il faudrait que je m'y remette.
Est-ce c'est toi qui fais ces textes ou tu les trouves?
bonne journée, ensoleillée j'espère, gros bisous, Cathy

polly 20/03/2009 19:28


Et voilà ! Toujours le même problème : les journées sont beaucoup trop courtes... On n'a plus le temps de rien !

J'écris ces contes et comptines comme pour les raconter à mes enfants... mais ils sont bien trop grands maintenant !
Alors je les tiens au chaud pour mes futurs petits-enfants, dans quelques années.
Je te souhaite un excellent week-end printanier Cathy.
Bisous.
Claudie